La différence fondamentale : eucaryote vs procaryote
La distinction la plus profonde dans le monde du vivant n'est pas entre animaux et plantes, ni même entre unicellulaires et multicellulaires. C'est la distinction entre eucaryotes et procaryotes.
- Procaryotes : cellules sans noyau délimité par une membrane. L'ADN flotte librement dans le cytoplasme. Ce sont les bactéries et les archées.
- Eucaryotes : cellules avec un noyau délimité, et des organites internes spécialisés (mitochondries, réticulum endoplasmique...). Ce sont les animaux, les plantes, les champignons, et le blob.
Le blob est donc bien plus proche de vous, humain, que d'une bactérie. En termes d'évolution, la divergence entre eucaryotes et procaryotes est survenue il y a environ 2 milliards d'années. La divergence entre les animaux et les myxomycètes comme le blob est beaucoup plus récente : environ 1 milliard d'années.
Comparaison détaillée
| Caractéristique | Blob (Physarum) | Bactérie (E. coli, ex.) |
|---|---|---|
| Type cellulaire | Eucaryote | Procaryote |
| Noyau | Oui (des milliards) | Non (ADN circulaire libre) |
| Taille | De 1 mm à plusieurs dizaines de cm | 1 à 10 micromètres |
| Mitochondries | Oui | Non |
| Paroi cellulaire | Non (membrane souple) | Oui (peptidoglycane) |
| Reproduction | Asexuée et sexuée | Division binaire (asexuée) |
| Vitesse de reproduction | Heures à jours | 20 minutes (E. coli) |
| Mouvement | Amiboïde (flux cytoplasmique) | Flagelle ou pas de mouvement |
| Alimentation | Phagocytose (mange des bactéries) | Absorption de nutriments dissous |
La taille : un gouffre entre les deux
Une bactérie E. coli mesure environ 2 micromètres (2 millionièmes de mètre). Elle est invisible à l'oeil nu. Le blob, lui, peut s'étendre sur plusieurs dizaines de centimètres, le tout en étant une seule cellule. Un grand plasmode de blob contient assez de volume pour englober des millions de bactéries.
Ce n'est pas un hasard : le blob se nourrit des bactéries. Il est l'un de leurs prédateurs naturels dans les forêts humides. Par phagocytose, il entoure les bactéries avec sa membrane, les emprisonne dans une vésicule et les digère avec des enzymes. C'est exactement ce que font vos globules blancs pour éliminer les bactéries pathogènes.
La reproduction : des stratégies radicalement différentes
Les bactéries se reproduisent par division binaire : une cellule se divise en deux cellules identiques. Une bactérie E. coli peut se diviser toutes les 20 minutes dans des conditions optimales. En 24 heures, une seule bactérie peut théoriquement donner naissance à des milliards d'individus.
Le blob, lui, ne se reproduit pas par division. Son plasmode grandit en absorbant de la nourriture et en synthétisant plus de cytoplasme et de noyaux (les noyaux se divisent, mais les cellules ne se séparent jamais). Pour se reproduire au sens strict, il forme des sporanges qui libèrent des spores, un processus qui prend plusieurs jours.
L'antibiotique ne touche pas le blob
Les antibiotiques sont conçus pour cibler des structures spécifiques aux bactéries : la paroi cellulaire bactérienne, les ribosomes bactériens (de type 70S), les enzymes de réplication de l'ADN bactérien. Le blob, étant eucaryote, n'a aucune de ces structures bactériennes. Il est donc naturellement résistant à la plupart des antibiotiques.
C'est une distinction pratique importante : si un blob est contaminé par des bactéries, traiter avec des antibiotiques ne résoudra pas le problème (et n'affectera pas le blob lui-même).
Un fait à retenir
Vous avez en commun avec le blob d'être eucaryote. Vous avez tous les deux un noyau dans vos cellules, des mitochondries, et vos ribosomes sont de type 80S. En termes d'organisation cellulaire fondamentale, vous êtes bien plus proches du blob que le blob ne l'est d'une bactérie.
Le rapport réel entre les deux : une relation de prédation
La comparaison blob contre bactéries est souvent posée en termes de ressemblance, alors que la relation qui compte est alimentaire. Les bactéries constituent l'essentiel du régime naturel du blob.
Il ne les absorbe pas passivement : il les repère à distance par les composés qu'elles émettent, oriente sa croissance vers la zone la plus riche et les englobe par phagocytose. Chaque bactérie se retrouve enfermée dans une vacuole où elle est digérée. Un plasmode actif traite ainsi des millions de cellules bactériennes par jour. Le mécanisme est détaillé dans comment le blob se nourrit.
Cela fait du blob un régulateur de populations microbiennes dans la litière forestière, une fonction écologique développée dans le rôle écologique du blob.
Trois différences qui ont des conséquences pratiques
Le noyau change tout pour la classification. Une bactérie est procaryote : son ADN flotte dans le cytoplasme sans membrane. Le blob est eucaryote, avec des noyaux délimités, des mitochondries et un cytosquelette. Ce n'est pas une nuance de degré mais une frontière fondamentale du vivant.
La taille interdit toute confusion à l'oeil. Une bactérie mesure 1 à 5 micromètres et reste invisible sans microscope. Un blob se voit à l'oeil nu et s'étend sur des dizaines de centimètres. Le rapport dépasse le facteur cent mille.
Les antibiotiques ne l'atteignent pas. Ils ciblent la paroi bactérienne, le ribosome procaryote ou des enzymes propres aux bactéries. Le blob n'a rien de tout cela. En élevage, un antibiotique ne réglera donc jamais un problème de contamination du substrat, sujet traité dans les problèmes courants.
Le point commun qui trompe
Une seule chose les rapproche vraiment : ce sont tous deux des organismes dont l'individu est constitué d'une seule cellule. Mais la ressemblance s'arrête au mot. Une bactérie est une cellule simple et minuscule ; le blob est une cellule géante, complexe et plurinucléée. Utiliser « unicellulaire » pour les deux masque plus de différences qu'il n'en révèle. La question est reprise dans la biologie de la cellule géante.
Un ordre de grandeur qui rend la comparaison concrète
Les chiffres bruts ne parlent pas. Une mise à l'échelle aide à saisir le rapport réel entre les deux.
Si l'on agrandissait une bactérie de 2 micromètres jusqu'à la taille d'une pièce de un euro, soit environ deux centimètres, il faudrait appliquer le même facteur au blob. Un plasmode de vingt centimètres deviendrait alors une nappe de deux kilomètres de côté. C'est cet écart que masque le mot « unicellulaire » quand on l'applique aux deux.
La conséquence est fonctionnelle, pas seulement descriptive. À l'échelle bactérienne, la diffusion suffit à tout distribuer dans la cellule en une fraction de seconde. À l'échelle du blob, elle ne suffit plus du tout, ce qui l'a obligé à développer un transport actif par contractions rythmiques. C'est le sujet de la biologie de la cellule géante.
Les bactéries sont aussi ses concurrentes
La relation ne se limite pas à la prédation. Dans une boîte d'élevage, les bactéries qui ne sont pas consommées assez vite prolifèrent sur les flocons, acidifient le substrat et produisent des métabolites que le blob évite.
Un déséquilibre s'installe alors : le blob se rétracte, les colonies s'étendent, et la boîte devient inexploitable en deux ou trois jours. C'est ce qui se cache derrière la plupart des cas de « blob qui ne bouge plus » sans cause apparente. La seule réponse efficace est le repiquage d'un fragment sain sur un substrat neuf, jamais le nettoyage, comme expliqué dans le guide de dépannage.
Questions fréquentes
Le blob est-il une bactérie ?
Non. C'est un eucaryote, avec des noyaux délimités par une membrane et des mitochondries. Les bactéries sont des procaryotes, dépourvues de noyau. Ce sont deux domaines distincts du vivant.
Le blob mange-t-il des bactéries ?
Oui, c'est même l'essentiel de son régime naturel. Il les détecte par chimiotaxie et les englobe par phagocytose, à raison de millions de cellules par jour pour un plasmode actif.
Un antibiotique tue-t-il un blob ?
Non. Les antibiotiques ciblent des structures propres aux bactéries, que le blob ne possède pas. Ils sont d'ailleurs parfois utilisés en laboratoire pour purifier une culture sans nuire à l'organisme.
Le blob peut-il rendre malade ?
Non. Il n'est pas pathogène, ne colonise pas les tissus vivants et n'est pas connu pour transmettre d'agent infectieux.
Sources
- Fiche Physarum polycephalum, Wikipédia en français.
- Boisseau R. P., Vogel D., Dussutour A., Habituation in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).