Physarum polycephalum avec de longs filaments jaunes etires en etoile dans une boite de Petri
Le blob explore son environnement en etendant de longs filaments dans toutes les directions. Chaque bras est un tube de cytoplasme en mouvement.

Le moteur : le complexe actomyosine

Le déplacement du blob repose sur un seul moteur moléculaire : le complexe actomyosine. Ce même complexe est présent dans les cellules musculaires humaines, mais le blob l'utilise d'une façon radicalement différente.

Dans ses tubes veineux, le blob possède un réseau de filaments d'actine tapissant la paroi interne. Des molécules de myosine viennent se fixer sur ces filaments et, en consommant de l'ATP (l'énergie cellulaire), génèrent des contractions. Ces contractions compriment le tube, augmentent la pression locale et forcent le cytoplasme liquide à se déplacer vers les zones de plus basse pression.

Le résultat : un flux de cytoplasme qui circule dans les tubes, alternant régulièrement de direction selon un rythme d'environ 100 secondes par cycle.

Les deux états du cytoplasme

Le cytoplasme du blob alterne en permanence entre deux états :

  • État sol (solution) : cytoplasme fluide, qui coule facilement à l'intérieur des tubes. C'est lui qui est mis en mouvement par les contractions.
  • État gel : cytoplasme visqueux, quasi solide. Il forme la paroi des tubes et maintient la structure du réseau.

Ces deux états coexistent en permanence dans le même organisme. La zone centrale d'un tube est en état sol (flux possible), tandis que sa paroi est en état gel (structure rigide). Les contractions actomyosines convertissent localement du gel en sol pour faire avancer le flux.

Comment le blob "décide" d'une direction

Sans cerveau et sans système nerveux, le blob n'a aucun centre de décision. Pourtant, il explore son environnement de façon orientée, s'approche de la nourriture et s'éloigne des substances répulsives. Comment ?

La réponse est dans les oscillations couplées. Chaque région du blob génère ses propres oscillations actomyosines, à sa propre fréquence et avec sa propre amplitude. Quand le blob détecte de la nourriture dans une direction :

  1. La zone de front en contact avec l'attractif commence à osciller plus fort et plus vite.
  2. Ces oscillations plus fortes créent des pressions plus élevées dans cette zone.
  3. Le gradient de pression résultant oriente le flux net de cytoplasme vers cette direction.
  4. Le renforcement du flux élargit les tubes dans cette direction, ce qui augmente encore le flux : boucle de rétroaction positive.
  5. En parallèle, les tubes qui ne mènent nulle part reçoivent moins de cytoplasme, se rétractent progressivement.

La "décision" n'est pas prise par un cerveau central. Elle émerge de la compétition entre les oscillations locales de différentes parties du réseau.

Une vitesse surprenante

En conditions optimales (nourriture abondante, température de 22-24°C), le front de croissance du blob peut avancer à 4 à 5 cm/h. Pour une cellule unique, c'est extrêmement rapide. Sur une journée, un blob peut couvrir plusieurs dizaines de centimètres carrés.

La mémoire de l'espace exploré

Le blob ne revient pas sur ses pas. Quand il explore une zone et ne trouve rien, il ne gaspille pas d'énergie à la parcourir à nouveau. Comment sait-il où il est déjà passé ?

Il laisse derrière lui une trace chimique externe : un film de glycoprotéines déposé sur le substrat lors de son passage. Quand le front de croissance rencontre cette trace, il la détecte et change de direction. C'est une mémoire externalisée, sans aucun stockage interne d'information.

Cette propriété a été utilisée pour expliquer comment le blob évite de parcourir deux fois le même chemin dans un labyrinthe. En 2012, une étude publiée dans PNAS a montré que si on retire cette trace chimique, le blob perd sa capacité à naviguer efficacement.

Pseudopodes et phagocytose

Au niveau du front de croissance, le blob émet des pseudopodes : des extensions temporaires de sa membrane, formées par un afflux local de cytoplasme. Ces pseudopodes lui permettent :

  • D'explorer physiquement l'espace devant lui
  • D'entourer et d'ingérer des particules de nourriture (phagocytose)
  • De tester la qualité chimique du substrat avant d'avancer

Un pseudopode qui rencontre une surface attractive continue de s'étendre et se renforce. Un pseudopode qui rencontre une substance répulsive (sel, lumière forte, certain acides) se rétracte en quelques secondes. L'ensemble de ces décisions locales, à l'échelle de milliers de pseudopodes simultanés, produit le comportement global du blob.

Comparaison avec d'autres modes de déplacement

OrganismeMode de déplacementMécanismeVitesse typique
Blob (Physarum)AmiboïdeFlux de cytoplasme + pseudopodes1-5 cm/h
Amibe (Amoeba proteus)AmiboïdePseudopodes + actomyosine0,1-0,5 cm/h
Globule blanc humainAmiboïdePseudopodes guidés par chimiotaxie~0,1 cm/h
Bactérie (E. coli)FlagellaireRotation du flagelle0,01 cm/h

Le blob est l'un des organismes unicellulaires les plus rapides en mode de déplacement amiboïde. Il est environ 10 fois plus rapide que les amibes classiques, grâce à la puissance de son réseau veineux pressurisé.