Une confusion qui a duré un siècle

Pendant la majeure partie du 19e siècle et une bonne partie du 20e, les myxomycètes (dont fait partie le blob) ont été classés parmi les champignons. Les raisons de cette confusion sont compréhensibles : tous les deux vivent dans les mêmes milieux humides et sombres, tous les deux se nourrissent de matière organique, et leur phase de sporulation ressemble superficiellement à celle des champignons primitifs.

Le blob sur de la végétation, à ne pas confondre avec un champignon
Le blob sur de la végétation, à ne pas confondre avec un champignon.

Mais dès que l'on regarde de plus près, les différences sont fondamentales. Et depuis les années 1970, les analyses moléculaires ont définitivement séparé les deux groupes.

Tableau comparatif complet

CaractéristiqueLe blob (Physarum polycephalum)Les champignons
RègneProtistes (Amoebozoa)Fungi
Organisation cellulaireUne seule cellule géante (coenocyte)Pluricellulaire (hyphes cloisonnées ou non)
Se déplace ?Oui, activementNon (jamais)
Mode de nutritionPhagocytose (ingère des particules entières)Absorption externe (sécrète des enzymes, absorbe les molécules)
Paroi cellulaireAucune (membrane souple)Chitine (rigide)
MitochondriesType amiboïdeType fongique
Stérols membranairesAcanthamoeba-type (proche des amibes)Ergostérol (spécifique aux champignons)
Ancêtre commun le plus procheAmibes (Amoebozoa)Animaux (Opisthokonta)
Nombre de chromosomes~32 à 40Variable selon l'espèce
Capable d'apprendre ?Oui (habituation prouvée)Non

La différence fondamentale : phagocytose vs absorption

La différence la plus révélatrice est celle du mode d'alimentation. Les champignons sont des organismes à nutrition hétérotrophe par absorption : ils sécrètent des enzymes digestives dans leur environnement, dégradent la matière organique autour d'eux, puis absorbent les molécules résultantes à travers leur membrane. Ils ne mangent pas : ils baignent dans leur nourriture.

Le blob, lui, pratique la phagocytose : il engloble physiquement des particules entières (bactéries, spores) en les enveloppant dans sa membrane, puis les digère à l'intérieur. C'est le même mécanisme que nos globules blancs. Les champignons en sont totalement incapables.

La paroi cellulaire : une différence structurelle majeure

Les champignons possèdent une paroi cellulaire rigide faite de chitine, la même molécule que dans la carapace des insectes. Cette paroi leur confère leur forme caractéristique et les rend imperméables à de nombreuses substances.

Le blob n'a pas de paroi cellulaire. Il n'a qu'une membrane souple et déformable, ce qui lui permet de se faufiler dans les interstices, d'englobar des proies par phagocytose, et de changer de forme en permanence. Une cellule de champignon ne peut pas faire ça.

Ce qui rapproche le blob des amibes

Génétiquement, le blob est beaucoup plus proche des amibes que des champignons. Tous deux appartiennent au groupe des Amoebozoa, qui se caractérise par :

  • Une membrane souple et déformable (pas de paroi rigide)
  • La capacité de phagocytose
  • Des pseudopodes (extensions temporaires de la cellule pour se déplacer)
  • Des mitochondries de type particulier avec des crêtes en forme de tubes

Le blob est donc, pour simplifier, une amibe géante plurinucléée qui a développé des capacités comportementales complexes remarquables.

Source

La reclassification des myxomycètes hors du règne des champignons repose sur les analyses phylogénétiques moléculaires des années 1990-2000. La revue de référence est : Baldauf S.L., Doolittle W.F. (1997). "Origin and evolution of the slime molds (Mycetozoa)." Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 94(22): 12007-12012.

Alors pourquoi dit-on parfois "moisissure" ?

En anglais, le blob est appelé slime mold ("moisissure visqueuse"), ce qui entretient la confusion avec les vrais moisissures (qui sont des champignons). En français, "myxomycète" est plus précis, et "blob" ne prête pas à confusion. La terminologie anglaise est un héritage historique de l'époque où les myxomycètes étaient classés parmi les champignons, et elle persiste malgré la reclassification.

À retenir

Le blob est au champignon ce que la chauve-souris est à l'oiseau : deux organismes qui occupent des niches similaires par convergence évolutive, mais dont les origines et les mécanismes biologiques fondamentaux sont complètement différents.