Le blob : un décomposeur de premier plan
Dans les forêts humides tempérées et tropicales, le blob occupe une niche écologique précise : celle de décomposeur secondaire. Il ne dégrade pas directement le bois mort ou les feuilles (c'est le rôle des champignons et des bactéries), mais il se nourrit des bactéries et des spores de champignons qui s'attaquent déjà à la matière organique en décomposition.
Ce faisant, il régule les populations de micro-organismes décomposeurs et accélère indirectement le recyclage de la matière organique. Il joue donc un rôle de régulateur dans la chaîne de décomposition.
Sa place dans la chaîne alimentaire
Le blob se situe à une position intermédiaire dans la chaîne alimentaire forestière :
- Il mange : bactéries, spores de champignons, levures, algues microscopiques, parfois des particules de matière organique fine
- Il est mangé par : collemboles (petits arthropodes du sol), certains acariens, des nématodes, des moucherons (leurs larves peuvent coloniser et consommer le plasmode), et certains vertébrés opportunistes
Quelques insectes ont développé des relations plus complexes avec les myxomycètes : certains coléoptères pondent leurs œufs directement dans les plasmodiums, dont les larves se nourrissent du blob. D'autres transportent involontairement des spores de myxomycètes d'un endroit à l'autre, participant à leur dispersion.
Le recyclage des nutriments
En phagocytant des bactéries par millions, le blob libère dans l'environnement les nutriments stockés dans ces bactéries (azote, phosphore, potassium) sous des formes assimilables par d'autres organismes. Ce processus, appelé minéralisation, est essentiel pour la fertilité des sols forestiers.
Une étude publiée dans Soil Biology and Biochemistry a estimé que les myxomycètes peuvent représenter une part significative de la pression de prédation sur les bactéries du sol dans certains écosystèmes forestiers tempérés, rivalisant avec les nématodes bactérivores pour ce rôle.
Indicateur de santé forestière ?
Les myxomycètes, dont le blob, sont sensibles à la qualité de leur environnement. Ils nécessitent :
- Une humidité constante (sensibles à la sécheresse)
- Une bonne quantité de bois mort (leur habitat principal)
- Une faible pollution chimique du sol
La diversité et l'abondance des myxomycètes dans une forêt sont parfois utilisées par les chercheurs comme indicateurs de la qualité de l'écosystème forestier. Une forêt pauvre en myxomycètes peut signaler des conditions défavorables (sécheresse chronique, pollution, manque de bois mort).
Dispersion des spores : la stratégie de survie
Quand le blob entre en sporulation, il produit des millions de spores microscopiques dispersées par le vent, la pluie ou les animaux. Ces spores sont remarquablement résistantes : elles peuvent survivre à la chaleur (jusqu'à 80°C selon les espèces), à la sécheresse, au froid, et restent viables pendant plusieurs années.
Cette capacité de dispersion permet aux myxomycètes de coloniser rapidement de nouveaux habitats (un tronc mort fraîchement tombé, une zone humide nouvellement formée) et de recoloniser des zones perturbées après des incendies ou des tempêtes.
Le blob et les champignons : une relation de compétition-prédation
Le blob et les champignons partagent souvent les mêmes habitats (bois mort humide) et se retrouvent en compétition pour les mêmes ressources bactériennes. Mais le blob peut aussi phagocyter les hyphes fongiques (les filaments des champignons), ce qui en fait également un prédateur direct des champignons dans certaines conditions.
Cette relation crée une dynamique complexe où blob et champignons régulent mutuellement leurs populations, contribuant à maintenir l'équilibre de la communauté microbienne du sol forestier.
Diversité méconnue
On estime que moins de 10% des espèces de myxomycètes mondiales ont été formellement décrites. Dans les forêts tropicales en particulier, la diversité des myxomycètes reste largement inconnue. Chaque expédition scientifique dans un nouvel écosystème révèle de nouvelles espèces.
Sa place exacte dans le réseau trophique
Le blob occupe une position intermédiaire souvent mal décrite. Il n'est ni un décomposeur au sens strict, ni un prédateur de gros organismes.
Ce qu'il consomme : des bactéries, des levures, des spores et des hyphes de champignons microscopiques, ainsi que des particules de matière organique en décomposition. Il est donc un consommateur de micro-organismes, ce qu'on appelle un bactérivore et fongivore.
Ce qui le consomme : les limaces et certains gastéropodes, des collemboles, des acariens et des larves de coléoptères. Il est loin d'être au sommet d'une chaîne.
Ce qu'il n'est pas : un décomposeur primaire. Il ne dégrade pas directement la lignine ni la cellulose, contrairement aux champignons. Il intervient un cran plus loin, en consommant les micro-organismes qui, eux, font ce travail.
La fonction de régulation, la plus sous-estimée
C'est l'aspect le plus intéressant écologiquement, et le moins raconté. En consommant massivement des bactéries, un plasmode actif ne fait pas que se nourrir : il maintient les populations microbiennes en renouvellement.
Une colonie bactérienne non consommée sature son milieu, épuise ses ressources et ralentit. Une colonie régulièrement broutée reste en phase de croissance active, donc plus efficace pour dégrader la matière organique. Le blob accélère indirectement la décomposition en mangeant ceux qui décomposent.
Il joue en outre un rôle de transport : en se déplaçant, il déplace dans son cytoplasme des micro-organismes vivants qu'il n'a pas digérés, ainsi que des nutriments, redistribuant sur plusieurs dizaines de centimètres ce qui était concentré en un point.
Un indicateur, avec des réserves
On lit parfois que la présence de myxomycètes signale une forêt en bonne santé. L'idée est raisonnable mais mérite d'être nuancée.
Ce que leur présence indique réellement est la conjonction de trois conditions : du bois mort laissé en place, une humidité suffisante et une microflore abondante. Ce sont bien des marqueurs d'un milieu forestier peu perturbé, où l'on ne retire pas systématiquement le bois tombé.
En revanche, leur absence ne prouve rien : elle peut simplement traduire une période sèche ou une saison inadaptée. Et certaines espèces, comme Fuligo septica, prospèrent très bien dans les paillages de jardins urbains. Les critères d'identification sont détaillés dans les espèces de myxomycètes, et les conditions d'observation dans le blob dans la nature.
Combien de bactéries un blob consomme-t-il
L'ordre de grandeur donne la mesure de son rôle. Un plasmode actif de quelques centimètres carrés ingère des millions de cellules bactériennes par jour, par phagocytose continue sur toute la surface de contact avec le substrat.
Rapporté à une souche forestière colonisée sur plusieurs décimètres, cela représente un prélèvement considérable sur la biomasse microbienne locale, concentré sur quelques jours puisque le plasmode se déplace ensuite. Son effet écologique n'est donc pas continu : c'est une pression forte et mobile, qui balaie le substrat par vagues plutôt qu'elle ne s'exerce partout en permanence.
Cette intermittence a son importance. Une zone récemment parcourue voit sa population bactérienne s'effondrer puis se reconstituer en phase de croissance rapide, donc plus active métaboliquement qu'une population à l'équilibre.
Un maillon fragile face aux pratiques forestières
Les myxomycètes dépendent entièrement de trois conditions que la gestion forestière peut faire disparaître : du bois mort laissé au sol, une humidité maintenue par le couvert, et une litière non perturbée.
Le retrait systématique des rémanents, l'ouverture excessive du couvert et le tassement des sols par les engins suppriment ces trois conditions simultanément. Les myxomycètes ne sont pas suivis dans les inventaires courants, faute de protocole standardisé et parce que leur caractère éphémère rend le comptage difficile.
Leur intérêt comme indicateur reste donc théorique plus que pratique. Ce qu'on peut affirmer sans risque est plus simple : leur présence signale un milieu où le bois mort reste en place et où l'humidité se maintient, ce qui est déjà une information sur l'état du peuplement. Les conditions d'observation sont détaillées dans le blob dans la nature.
Questions fréquentes
À quoi sert le blob dans la nature ?
Il consomme bactéries, levures et spores de champignons dans la litière et le bois mort. En renouvelant ces populations microbiennes, il accélère indirectement la décomposition de la matière organique.
Le blob est-il un décomposeur ?
Pas au sens strict : il ne dégrade ni la lignine ni la cellulose. Il consomme les micro-organismes qui, eux, font ce travail, ce qui le place un cran plus loin dans la chaîne.
Qu'est-ce qui mange le blob ?
Des limaces et d'autres gastéropodes, des collemboles, des acariens et des larves de coléoptères. Il est un maillon intermédiaire, pas un sommet de chaîne.
Le blob est-il nuisible au jardin ?
Non. Il ne parasite pas les plantes et ne s'attaque pas aux tissus vivants. Sa présence dans un paillage signale un sol biologiquement actif.
Sources
- Fiche Physarum polycephalum, Wikipédia en français.
- Boisseau R. P., Vogel D., Dussutour A., Habituation in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).
- Reid C. R. et coll., Slime mold uses an externalized spatial memory to navigate in complex environments, PNAS 109, 17490 (2012).