Le groupe des myxomycètes : 900 espèces connues
Les myxomycètes (ou Myxogastria) forment un groupe de protistes comptant environ 900 espèces décrites dans le monde. Tous partagent le même cycle de vie en deux phases : une phase plasmodiale (le plasmode mobile et nutritif, l'équivalent du blob) et une phase reproductrice (formation de sporanges et de spores).
On les trouve sur tous les continents, principalement dans les zones forestières humides tempérées et tropicales. La France métropolitaine en abrite une centaine d'espèces.
Physarum polycephalum : la star incontestée
Physarum polycephalum est de loin l'espèce la plus étudiée, pour plusieurs raisons :
- Son plasmode est facilement cultivable en laboratoire sur gélose agar + flocons d'avoine
- Il pousse rapidement et de façon prévisible
- Son comportement d'optimisation de réseau est particulièrement prononcé
- Il peut être synchronisé (les noyaux se divisent en même temps), ce qui en fait un excellent modèle pour étudier le cycle cellulaire
C'est lui qu'on appelle "le blob" en France depuis la médiatisation des travaux d'Audrey Dussutour. Son plasmode est jaune vif, avec des veines bien visibles, inconfondable une fois qu'on l'a vu.
Les espèces qu'on confond souvent avec le blob
Fuligo septica : le "vomi de chien"
Fuligo septica est probablement le myxomycète le plus souvent rencontré dans les jardins et sur les copeaux de bois. Son plasmode peut être jaune, beige ou blanc, et forme des masses informes sans réseau veineux clairement visible. Il peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres.
Son surnom anglais "dog vomit slime mold" (moisissure vomi de chien) décrit bien son aspect. Il est inoffensif. On peut l'élever en captivité, mais son comportement est moins spectaculaire que celui de Physarum. Pour savoir si la masse apparue dans votre jardin est bien lui, la page masse jaune dans le jardin ou le paillis propose une clé d'identification en deux questions.
Stemonitis : les "têtes de sorcière"
Le genre Stemonitis produit des sporanges bruns allongés, portés sur de longs pédicules, qui ressemblent à de minuscules épées ou brosses à dents. Le plasmode est invisible (transparent ou légèrement rougeâtre). Ces sporanges sont souvent observés sur les troncs morts en groupes denses.
Lycogala epidendrum : la "chair de loup"
Lycogala epidendrum forme des boules roses à rouges de la taille d'un pois ou d'une bille sur les troncs. Quand on les presse, elles libèrent un liquide rose ou orange. Ces structures sont en réalité des sporanges très développés (aethalia). Le plasmode intérieur est pinkish et ressemble à de la gelée colorée.
Trichia decipiens
Forme de petits sporanges orangés à rouges, souvent en grappes denses sur les troncs. Très photogénique avec ses couleurs vives. Répandu dans toute l'Europe en automne.
Comparatif des espèces élevables en captivité
| Espèce | Couleur du plasmode | Cultivable facilement | Comportement notable |
|---|---|---|---|
| Physarum polycephalum | Jaune vif | Très facile | Optimisation de réseau, habituation |
| Fuligo septica | Jaune à blanc | Facile | Moins spectaculaire, masse informe |
| Physarum flavicomum | Jaune-orange | Possible | Proche de polycephalum, moins étudié |
| Didymium iridis | Gris à incolore | Possible en laboratoire | Utilisé pour études génétiques |
Comment distinguer le blob des autres myxomycètes dans la nature
Pour identifier Physarum polycephalum avec certitude :
- Couleur : jaune vif et brillant (presque fluorescent), rarement autre chose
- Structure : réseau de veines clairement visible, avec des tubes qui pulsent légèrement si vous regardez longtemps
- Habitat : sous les feuilles mortes, sur les troncs très humides, dans les zones peu lumineuses
- Taille : peut couvrir plusieurs dizaines de cm² en phase active
- Saison : principalement automne en France (septembre à novembre)
Attention aux confusions courantes
Des champignons comme Laetiporus sulphureus (polypore soufré, jaune vif) ou certaines moisissures jaunes peuvent ressembler au blob de loin. La différence : le blob est mobile (il se déplace de quelques cm par heure) et présente un réseau de veines pulsées. Les champignons et les moisissures sont statiques.
Comment se repère un myxomycète sur le terrain
Les clés d'identification savantes reposent sur les spores et les structures de fructification, à la loupe binoculaire. Sur le terrain, quatre critères suffisent à orienter la reconnaissance.
- Le support. Bois mort en décomposition, litière humide, souche, copeaux de paillage. Un myxomycète ne pousse jamais sur du bois sain ni sur du minéral sec.
- Le stade. Une masse molle et étalée qui progresse est un plasmode. Des petites structures dressées, sèches et poudreuses sont des fructifications. Le même organisme passe de l'un à l'autre en une journée.
- La couleur et la texture. Jaune vif et veiné oriente vers Physarum ou Fuligo. Rose et globuleux évoque Lycogala. Gris argenté et en colonnes fines évoque Stemonitis.
- La réaction au toucher. Un plasmode est gélatineux et se déforme. Une fructification mûre libère un nuage de spores. Une moisissure, elle, reste feutrée et adhérente.
Le piège des confusions courantes
Trois erreurs reviennent systématiquement chez les débutants.
Confondre plasmode et fructification de la même espèce. On croit avoir trouvé deux organismes différents à deux jours d'intervalle sur la même souche. C'est le même, à deux stades.
Prendre une moisissure pour un myxomycète. Le test le plus simple est le déplacement : revenez douze heures plus tard et marquez la position. Un myxomycète au stade plasmode aura bougé, une moisissure non.
Appeler « blob » tout myxomycète jaune. Fuligo septica, très commune dans les paillages de jardin, est jaune et spectaculaire mais ce n'est pas Physarum polycephalum. Elle forme rapidement une croûte crémeuse, alors que le blob garde un réseau veineux fin et mobile.
Lesquelles peut-on élever
Sur les quelque neuf cents espèces décrites, une poignée seulement se cultive de façon fiable, et une seule vraiment facilement. Physarum polycephalum doit sa domination à trois propriétés rares réunies : il accepte un régime simple à base de flocons d'avoine, il forme un sclérote solide qui permet de le stocker, et il se réactive de façon prévisible. Les autres espèces réclament des conditions plus étroites ou refusent tout bonnement la culture. C'est ce qui en fait le point de départ obligé pour un premier élevage.
Les quatre espèces qu'on croise vraiment en France
| Espèce | Aspect | Où la voir |
|---|---|---|
| Fuligo septica | Masse jaune crémeuse, puis croûte beige | Paillages de jardin, copeaux de bois, très commune |
| Lycogala epidendrum | Petites boules roses puis brunes, de la taille d'un pois | Souches et troncs en décomposition |
| Stemonitis spp. | Colonnes brun foncé serrées, comme un velours dressé | Bois mort humide, souvent en touffes |
| Physarum polycephalum | Réseau de veines jaune vif, mobile | Rare en France à l'état sauvage, courante en élevage |
Cette dernière ligne mérite d'être soulignée : l'espèce vedette des laboratoires n'est pas celle que vous rencontrerez en promenade. Sa présence massive dans les élevages tient à sa facilité de culture, pas à son abondance naturelle sous nos latitudes.
Pourquoi le groupe est si mal connu
Neuf cents espèces décrites, et pourtant presque aucun myxomycète ne porte de nom courant en français. Trois raisons se cumulent.
Ils sont éphémères. Un plasmode visible dure quelques jours, une fructification quelques heures avant de se disperser. On passe à côté sans rien voir la plupart du temps.
Ils changent d'apparence. Le même organisme est successivement une masse molle et étalée, puis de petites structures dressées et sèches. Deux observations du même individu à deux jours d'intervalle donnent l'impression de deux espèces sans rapport.
Ils sont tombés entre deux disciplines. Décrits par des mycologues, reclassés chez les amibes, ils n'appartiennent vraiment ni à la mycologie ni à la protistologie institutionnelle. Cette histoire est racontée dans l'histoire de la découverte.
Questions fréquentes
Combien existe-t-il d'espèces de myxomycètes ?
Environ neuf cents espèces décrites à ce jour, réparties sur tous les continents. De nouvelles descriptions paraissent régulièrement, principalement en zone tropicale.
Le blob de mon jardin est-il un Physarum polycephalum ?
Probablement pas. La masse jaune la plus fréquente dans les paillages de jardin est Fuligo septica. Le blob véritable se reconnaît à son réseau de veines fines et à sa mobilité visible d'un jour à l'autre.
Les myxomycètes sont-ils dangereux pour les plantes ?
Non. Ils ne parasitent pas les végétaux : ils se nourrissent de bactéries et de spores sur la matière en décomposition. Leur présence indique un sol vivant, pas une maladie, et leur rôle dans l'écosystème est plutôt utile.
Peut-on élever une autre espèce que le blob ?
C'est possible mais nettement plus difficile. Les autres espèces réclament des conditions plus étroites et ne forment pas toujours un sclérote exploitable, ce qui rend le stockage et la reprise aléatoires.
Sources
- Fiche Physarum polycephalum, Wikipédia en français.
- Adamatzky A., Physarum Machines: Computers from Slime Mould, World Scientific (2010).