Le blob dans la nature : où le trouver et comment l'observer

Physarum polycephalum n'est pas seulement un animal de laboratoire. On le trouve dans les forêts de toute la France dès les premières pluies de printemps. Savoir où chercher, et comment ne pas le confondre avec d'autres organismes.

Physarum polycephalum jaune vif sur un tronc d arbre en foret avec feuilles mortes et mousse
Physarum polycephalum dans son habitat naturel, sur un tronc d arbre humide en foret. Le jaune vif tranche avec le bois sombre.

L'habitat naturel du blob

Physarum polycephalum vit dans des environnements très spécifiques. Il a besoin de trois conditions simultanées :

  • Humidité élevée : le blob ne supporte pas la sécheresse. On le trouve donc après des pluies, dans des zones naturellement humides (bords de ruisseaux, zones ombragées, sous-bois denses).
  • Obscurité ou lumière très faible : il fuit activement la lumière directe. Il colonise les faces inférieures des troncs couchés, le dessous des feuilles mortes, l'intérieur des vieux bois creux.
  • Matière organique en décomposition : c'est là que vivent les bactéries et levures dont il se nourrit. Bois mort, litière de feuilles, compost naturel, écorces humides.

En résumé : regardez dans les endroits sombres, humides et riches en bois mort. Et de préférence après la pluie.

Quand le trouver en France ?

PériodeProbabilité d'observationConditions
Janvier-MarsFaibleDormance si froid, possible en zones douces (Sud-Ouest, littoral atlantique)
Avril-MaiBonneRetour des pluies printanières, temperatures douces : période de réactivation
Juin-JuilletVariableBonne si humide, mais sécheresse estivale peut mettre le blob en dormance
Août-SeptembreFaible à nulle en cas de sécheresseSécheresse estivale typique : sclérotes dans la litière
Octobre-NovembreTrès bonnePluies d'automne, bois mort abondant : meilleure période d'observation
DécembreBonne si douxDépend des températures, zones atlantiques favorables

En général, octobre et novembre sont les meilleurs mois pour observer des myxomycètes en France métropolitaine. La litière forestière est abondante, les pluies régulières et les températures encore douces.

Où chercher concrètement

Voici les microhabitats les plus productifs, par ordre de probabilité :

1

La face inférieure des troncs couchés

C'est le jackpot. Soulevez délicatement un vieux tronc mort posé au sol dans une forêt humide. La face inférieure en contact avec le sol est souvent colonisée par des myxomycètes de toutes sortes. Remettez le tronc en place après observation pour ne pas détruire l'habitat.

2

Sous l'écorce des bois morts

Les vieilles écorces qui se décollent des troncs morts abritent souvent des réseaux de myxomycètes. Cherchez les zones encore légèrement humides, pas celles complètement sèches.

3

Dans la litière de feuilles humide

Creusez délicatement dans les couches de feuilles mortes dans un sous-bois dense. Les couches intermédiaires (ni trop en surface ni trop profondes) sont les plus fertiles.

4

Sur les vieux tas de bois

Les tas de bois de chauffage entreposés à l'extérieur depuis quelques années, surtout les pièces du dessus exposées aux pluies, sont de bons habitats à myxomycètes.

5

Dans les compost non retournés

Un tas de compost humide non retourné depuis plusieurs semaines peut abriter des myxomycètes, surtout Fuligo septica (le "vomi de chien") mais parfois aussi des Physarum.

Identifier le blob (et ne pas le confondre)

Dans la nature, plusieurs espèces de myxomycètes peuvent ressembler au blob. Voici comment reconnaître Physarum polycephalum spécifiquement :

EspèceCouleurTextureConfusion possible
Physarum polycephalum (le blob)Jaune vif, brillantRéseau veineux visible, gélatineuxRéférence
Fuligo septica ("vomi de chien")Jaune-beige, crémeuxMasse informe sans réseau visibleFréquente, ressemble à une mousse ou une crème
Stemonitis spp.Brun foncé à rouilleFilaments dressés en sporangesStade de sporulation, aspect très différent
Lycogala epidendrumRouge-rosé quand jeune, gris-brun à maturitéPetites boules (1-2 cm) regroupéesPeut faire penser à des œufs ou des baies
Trichia spp.Jaune à orangePetites masses ou coussinetsRessemble parfois au blob mais plus compact

Le signe distinctif du blob

Ce qui distingue vraiment Physarum polycephalum en phase active, c'est son réseau veineux visible : on voit clairement les "tubes" qui pulsent. Si vous observez attentivement un réseau jaune vif avec des vaisseaux visibles qui semblent légèrement en mouvement, c'est très probablement lui.

Répartition géographique en France

Physarum polycephalum est présent sur tout le territoire métropolitain, mais certaines régions sont plus favorables :

  • Massif central : humidité élevée, forêts de hêtres et de chênes riches en bois mort, observations fréquentes.
  • Bretagne et Normandie : pluies régulières toute l'année, litière forestière permanente.
  • Vosges et Alsace : forêts de sapins et de hêtres, excellentes conditions d'humidité.
  • Pyrénées et versants atlantiques : précipitations élevées, forêts denses.
  • Région parisienne : présent mais moins fréquent, observable en forêt de Fontainebleau, forêt de Rambouillet.
  • Méditerranée : plus rare, limité aux versants nord des massifs (Cévennes, Verdon, Var intérieur).

Réglementation et éthique d'observation

Physarum polycephalum n'est pas une espèce protégée en France. Il est légal de le ramasser pour l'élever chez soi. Toutefois, quelques principes éthiques s'imposent :

  • Ne prélevez qu'une petite fraction de la population observée, en laissant le reste sur place
  • Remettez toujours en place les troncs et écorces soulevés
  • Évitez de prélever dans des réserves naturelles où des relevés scientifiques sont en cours
  • Vérifiez que vous êtes sur un terrain accessible (forêt domaniale, chemin public) et non en propriété privée

Quand chercher, précisément

La saison compte davantage que le lieu. Un myxomycète a besoin de deux choses simultanées : de la matière organique en décomposition et une humidité élevée pendant plusieurs jours consécutifs. Cette combinaison n'arrive pas n'importe quand.

La fenêtre la plus favorable s'ouvre en fin d'été et se prolonge jusqu'à l'automne, deux à quatre jours après une période pluvieuse suivie d'un redoux. Ce délai est important : sortir pendant la pluie ne sert à rien, c'est le retour de la chaleur sur un substrat gorgé d'eau qui déclenche l'apparition des plasmodes.

Le printemps donne des résultats plus irréguliers, surtout après un hiver doux et humide. L'hiver ne produit rien de visible sous nos latitudes : les organismes sont en sclérote ou en spores.

Le protocole d'observation en cinq étapes

  1. Choisir le terrain. Forêt de feuillus, sous-bois ombragé, présence de bois mort au sol. Les résineux purs donnent beaucoup moins de résultats.
  2. Retourner les supports. Le dessous des écorces décollées et la face inférieure des branches au sol concentrent l'essentiel des trouvailles. Le dessus, exposé, sèche trop vite.
  3. Marquer et revenir. Photographiez la position exacte et revenez douze heures plus tard. Un plasmode aura bougé de plusieurs centimètres, ce qui le distingue définitivement d'une moisissure.
  4. Photographier avant de toucher. Un plasmode se déforme au moindre contact et une fructification mûre libère ses spores. Voir photographier son blob.
  5. Prélever avec son support. Si vous ramenez un spécimen, emportez le morceau de bois entier plutôt que de gratter l'organisme, qui ne survivrait pas au décollement.

Vos chances réelles de tomber sur un blob

Il faut le dire sans détour : la probabilité de tomber sur Physarum polycephalum précisément est faible. Les myxomycètes les plus fréquents en France sont Fuligo septica, très visible dans les paillages de jardin, Lycogala epidendrum, en petites boules roses sur les souches, et diverses Stemonitis en colonnes brunes serrées.

Ce n'est pas un échec. Ces espèces sont tout aussi intéressantes à observer, et les distinguer est la meilleure façon d'apprendre à reconnaître le groupe. Les critères sont détaillés dans les espèces de myxomycètes. Pour un élevage, en revanche, mieux vaut partir d'une souche fiable, comme expliqué dans où acheter un blob.

Questions fréquentes

À quelle saison trouve-t-on le blob en France ?

Principalement de la fin de l'été au milieu de l'automne, deux à quatre jours après une période pluvieuse suivie d'un redoux. Le printemps humide donne des résultats plus irréguliers.

Où chercher un blob en forêt ?

Sous les écorces décollées, sous les branches mortes au sol et dans la litière humide des forêts de feuillus. La face inférieure des supports est bien plus productive que la face exposée.

Peut-on ramener un blob trouvé en forêt chez soi ?

Oui, en prélevant le morceau de bois qui le porte plutôt que l'organisme lui-même. Le taux de reprise reste inférieur à celui d'une souche de laboratoire, et l'espèce ne sera pas forcément celle attendue.

Est-il protégé ou réglementé ?

Les myxomycètes ne font l'objet d'aucune protection particulière, mais le prélèvement reste soumis aux règles du lieu : autorisation du propriétaire en forêt privée, réglementation spécifique en réserve naturelle et en parc national.

Sources

  1. Fiche Physarum polycephalum, Wikipédia en français.
  2. Boisseau R. P., Vogel D., Dussutour A., Habituation in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).