Pourquoi c'est difficile
À première vue, photographier un blob jaune vif sur fond sombre semble simple. En pratique, plusieurs obstacles se posent :
- La photophobie : le blob fuit la lumière. Ouvrir la boite et l'éclairer perturbe son comportement et peut le faire se rétracter ou changer de direction.
- La texture uniforme : le plasmode est une surface jaune homogène et brillante. Sans relief marqué, l'autofocus des appareils a du mal à accrocher.
- Le mouvement lent : à 1-4 cm/h, le déplacement est invisible à l'oeil nu en temps réel. Pour montrer le mouvement, il faut impérativement un time-lapse.
- Le reflet : la surface du blob est humide et brillante, ce qui crée facilement des reflets indésirables.
L'éclairage : la règle d'or
N'exposez jamais le blob à une lumière directe forte pendant une longue durée. Pour photographier sans stresser le blob :
- Lumière latérale diffuse : éclairez depuis le côté avec une lumière indirecte (réfléchie sur un mur blanc). Cela crée un modelé sur le réseau veineux sans éblouir le blob.
- Lumière rouge : le blob est peu sensible au rouge. Une lampe LED rouge permet d'éclairer suffisamment pour photographier sans déclencher de réaction de fuite.
- Durée courte : si vous devez utiliser une lumière blanche normale, limitez l'exposition à quelques minutes maximum.
- Eviter le flash direct : le flash crée des reflets et une lumière dure qui «aplatit» les veines du blob.
Réglages pour smartphone
La plupart des smartphones modernes permettent d'obtenir de bonnes photos de blob avec quelques réglages :
- Mode portrait ou macro : si votre smartphone propose un mode macro ou portrait, utilisez-le pour obtenir un fond flou qui fait ressortir le réseau du blob.
- Mise au point manuelle : tapez sur l'écran à l'endroit précis du réseau de veines pour forcer la mise au point.
- ISO bas : en mode pro, réglez l'ISO le plus bas possible (100-200) pour réduire le bruit numérique. Compensez avec une exposition plus longue (posez le téléphone).
- Blanc de balance des blancs : en mode pro, réglez la balance des blancs manuellement selon la source lumineuse pour éviter une dominante colorée.
- HDR désactivé : le HDR peut «écraser» les détails fins des veines. Désactivez-le pour les gros plans.
Le time-lapse : la technique qui révèle tout
Pour montrer le déplacement du blob, le time-lapse est indispensable. Voici les paramètres recommandés :
| Durée filmée | Intervalle entre photos | Durée de la vidéo finale (24 fps) |
|---|---|---|
| 2 heures | 1 photo/2 min | ~2,5 secondes (60 images) |
| 4 heures | 1 photo/2 min | ~5 secondes (120 images) |
| 12 heures | 1 photo/5 min | ~6 secondes (144 images) |
| 24 heures | 1 photo/10 min | ~6 secondes (144 images) |
Astuce : pour un time-lapse réussi, l'appareil ne doit pas bouger d'un millimètre pendant toute la durée de prise de vue. Utilisez un trépied ou coincez le téléphone contre un support stable. La moindre vibration crée un effet de «tremblement» très désagréable dans le résultat final.
Le fond idéal
- Fond sombre : du papier absorbant blanc ou légèrement teinté crée un contraste qui fait ressortir le jaune vif du blob.
- Fond noir : spectaculaire pour les gros plans, mais accentue les reflets. Préférez du velours noir mat.
- Évitez : les substrats trop texturés (gélose agar grumeleuse, copeaux de bois trop présents) qui distraient du blob.
La composition
- Cadrer serré : les photos les plus impactantes montrent le réseau de veines en gros plan. La structure géométrique du réseau est visuellement fascinante.
- Chercher le contraste : les zones où le tube épais rencontre les filaments fins sont les plus intéressantes visuellement.
- Inclure une source de nourriture : montrer le blob en train de coloniser des flocons d'avoine raconte une histoire et donne l'échelle.
- Tiers photographique : placer le blob sur un tiers du cadre plutôt qu'au centre donne plus de dynamisme à la composition.
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Les réglages qui changent tout
| Paramètre | Réglage | Pourquoi |
|---|---|---|
| Ouverture | f/8 à f/11 | En macro, la profondeur de champ est minuscule. En dessous de f/8, seule une veine est nette. |
| Sensibilité | 100 à 400 ISO | Le sujet ne bouge pas à l'échelle de la pose : inutile de monter, autant garder le grain minimal. |
| Vitesse | Peu importe, sur trépied | Le blob est immobile à l'échelle de la seconde. Le trépied lève toute contrainte. |
| Mise au point | Manuelle | L'autofocus accroche le couvercle ou les reflets plutôt que le réseau. |
| Balance des blancs | Fixe, pas automatique | En time-lapse, l'automatique fait varier la couleur d'une image à l'autre et gâche la séquence. |
Le calcul de l'intervalle en time-lapse
C'est le paramètre le plus mal réglé, et celui qui décide de la réussite. Le raisonnement est simple : le blob avance de 1 à 2 cm par heure en conditions domestiques, et une vidéo fluide demande environ 25 images par seconde.
Pour obtenir 10 secondes de vidéo, il faut 250 images. Sur une croissance de 12 heures, cela donne un intervalle d'environ 3 minutes. Retenez ces trois cas :
- Croissance générale, sur 12 à 24 h : une image toutes les 2 à 5 minutes.
- Franchissement d'un obstacle, sur 2 à 4 h : une image toutes les 30 secondes.
- Oscillations du cytoplasme, sur 20 minutes : une image toutes les 2 à 5 secondes, puisque le cycle dure environ 100 secondes.
Un intervalle trop long donne une vidéo saccadée impossible à rattraper. Trop court, on peut toujours retirer des images ensuite. Dans le doute, serrez.
Les trois problèmes techniques récurrents
La condensation sur le couvercle. Elle apparaît au bout de quelques heures et ruine toute la fin de la séquence. La solution est de photographier couvercle retiré, dans une pièce à l'humidité correcte, et de le remettre entre les prises pour une séquence longue.
Les reflets du plastique. Une boîte transparente renvoie chaque source lumineuse. Éclairez en lumière rasante depuis les côtés, jamais de face, et supprimez les sources fixes en arrière-plan.
La lumière qui perturbe le sujet. Le blob fuit la lumière : un éclairage continu pendant douze heures modifie son comportement et fausse ce que vous filmez. Utilisez un éclairage déclenché uniquement au moment de la prise, ou une lumière rouge à laquelle il réagit beaucoup moins. C'est aussi ce qui explique certaines conditions décrites dans l'environnement idéal.
Questions fréquentes
Peut-on photographier un blob au smartphone ?
Oui, très correctement. Utilisez le mode macro s'il existe, verrouillez la mise au point et l'exposition d'une pression longue, et posez le téléphone sur un support fixe.
Quel intervalle choisir pour un time-lapse ?
Une image toutes les 2 à 5 minutes pour la croissance générale, toutes les 30 secondes pour le franchissement d'un obstacle, toutes les 2 à 5 secondes pour les oscillations du cytoplasme.
Comment éviter la buée sur le couvercle ?
Photographier couvercle retiré, et le remettre entre les prises pour une séquence longue. Un éclairage moins chaud limite aussi la condensation.
La lumière du flash gêne-t-elle le blob ?
Un éclair ponctuel n'a pas d'effet notable. C'est l'éclairage continu prolongé qui pose problème : le blob fuit la lumière et son comportement s'en trouve modifié.
Sources
- Boisseau R. P., Vogel D., Dussutour A., Habituation in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).
- Reid C. R. et coll., Slime mold uses an externalized spatial memory to navigate in complex environments, PNAS 109, 17490 (2012).
- Fiche Physarum polycephalum, Wikipédia en français.