Audrey Dussutour est directrice de recherche au CNRS, au Centre de recherches sur la cognition animale de Toulouse. Spécialiste du comportement des fourmis, elle s'est mise à étudier le blob en 2008 et a montré qu'un organisme fait d'une seule cellule, sans cerveau, pouvait équilibrer son alimentation, apprendre et transmettre ce qu'il a appris. C'est aussi elle qui a fait connaître le mot « blob » au grand public français, par ses livres, ses conférences et deux expériences menées avec des milliers d'élèves et de volontaires.
Des fourmis au blob
Née en 1977 à Rodez, Audrey Dussutour soutient en 2004 à l'université Toulouse III une thèse sur les fourmis, sous la direction de Vincent Fourcassié et de Jean-Louis Deneubourg. Elle y étudie la façon dont les colonies organisent leur circulation sur les pistes, sans embouteillage ni chef de trafic. Un de ces travaux paraît dans Nature la même année.
Elle part ensuite en postdoctorat à l'université Concordia, à Montréal, puis à l'université de Sydney, dans l'équipe de Stephen Simpson, qui étudie la nutrition chez les insectes. C'est là, en 2008, qu'elle découvre Physarum polycephalum. Elle y voit un modèle idéal pour une question qui l'occupe déjà avec les fourmis : comment un système sans centre de commandement prend-il des décisions ? Elle entre au CNRS en 2009 et rentre à Toulouse avec ses blobs.
Ce qu'elle a découvert sur le blob
Un repas équilibré sans cerveau (2010)
Avec Tanya Latty, Madeleine Beekman et Stephen Simpson, elle montre que le blob pousse le mieux sur une nourriture qui contient environ deux fois plus de protéines que de glucides. Placé devant plusieurs aliments déséquilibrés, il répartit son réseau entre eux de façon à reconstituer ce mélange idéal. Le détail de l'expérience est sur la page comment le blob se nourrit.
Le blob apprend (2016)
Avec Romain Boisseau et David Vogel, elle place des blobs devant un pont imprégné de quinine ou de caféine, deux substances qu'ils évitent, qu'il faut traverser pour atteindre la nourriture. Jour après jour, les blobs hésitent de moins en moins et finissent par traverser comme si le pont était neutre. L'équipe vérifie que ce changement répond aux critères qui définissent l'habituation chez les animaux. C'est la première démonstration d'un apprentissage de ce type chez un organisme sans neurones.
Le blob transmet ce qu'il a appris (2016)
La même année, avec David Vogel, elle fusionne un blob habitué au sel avec un blob qui ne l'a jamais rencontré. Le blob issu de la fusion traverse le sel sans hésiter, comme l'aurait fait le blob « éduqué ». Le transfert fonctionne même quand les blobs éduqués sont minoritaires dans la fusion, à condition que celle-ci dure assez longtemps pour que leur contenu se mélange. Ces résultats sont racontés en détail sur la page consacrée à la mémoire sans cerveau.
Celle qui a fait connaître le blob en France
En 2017, elle publie Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander, aux éditions des Équateurs. Écrit pour tous les publics, le livre reçoit le prix du livre Sciences pour tous et fait du surnom « blob », emprunté au film de science-fiction de 1958, le nom courant de l'espèce en France. En 2019, le Parc zoologique de Paris expose un blob au public, et le documentaire Le Blob, un génie sans cerveau, de Jacques Mitsch, s'appuie largement sur ses travaux.
Elle conçoit ensuite avec le CNES l'opération Élève ton blob. En 2021, quatre blobs partent sur la Station spatiale internationale avec l'astronaute Thomas Pesquet, pendant que des milliers de classes en France font la même expérience au sol. Au printemps 2022, l'expérience participative « Derrière le blob, la recherche » mobilise environ 15 000 volontaires, qui élèvent un blob chez eux pour observer ses réactions à différentes conditions, notamment de température. La place du blob dans la culture populaire doit beaucoup à ces deux opérations.
| Année | Livre | Éditeur |
|---|---|---|
| 2017 | Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander | Équateurs |
| 2022 | L'odyssée des fourmis, avec Antoine Wystrach | Grasset |
| 2022 | Moi, le blob, pour la jeunesse | HumenSciences |
| 2025 | Les champignons de l'apocalypse | Grasset |
Prix et distinctions
Sa thèse sur les fourmis lui vaut en 2007 le prix Le Monde de la recherche universitaire, puis le prix Adolphe Wetrems de l'Académie royale de Belgique en 2011. En 2021, l'année du blob dans l'espace, elle reçoit la médaille de la médiation scientifique du CNRS et est nommée dans l'ordre national du Mérite. En 2023, cette même académie l'élit membre associée.
Pour aller plus loin
Son livre de 2017 reste la meilleure porte d'entrée pour comprendre le blob. Pour l'observer chez soi, la page élever son blob explique comment s'en procurer un et le garder en forme, et les expériences à faire à la maison reprennent plusieurs de ses protocoles.
Questions fréquentes
Audrey Dussutour a-t-elle découvert le blob ?
Non. Physarum polycephalum est décrit depuis le XIXe siècle et étudié en laboratoire depuis des décennies. Elle a en revanche montré ses capacités d'apprentissage et l'a rendu célèbre en France.
D'où vient le nom « blob » ?
Le surnom vient du film de science-fiction The Blob (1958), où une masse gélatineuse dévore tout sur son passage. Il s'est imposé en France avec son livre de 2017 et l'exposition du zoo de Paris en 2019.
Où travaille-t-elle ?
Au Centre de recherches sur la cognition animale (CRCA), un laboratoire du CNRS et de l'université Toulouse III, où elle est directrice de recherche.
Le blob envoyé dans l'espace, c'était son idée ?
L'opération Élève ton blob a été conçue par le CNES avec elle. Elle a fourni les blobs, de la souche LU352, et défini le protocole suivi par l'équipage et par les classes.
Sources
- Fiche Audrey Dussutour, Wikipédia.
- Dussutour A., Latty T., Beekman M., Simpson S. J., Amoeboid organism solves complex nutritional challenges, PNAS 107 (2010).
- Boisseau R. P., Vogel D., Dussutour A., Habituation in non-neural organisms: evidence from slime moulds, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).
- Vogel D., Dussutour A., Direct transfer of learned behaviour via cell fusion in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).