Comment lire cette page
Chaque affirmation est notée : VRAI, FAUX, ou PLUS NUANCÉ (quand c'est partiellement vrai mais souvent mal compris). Les explications s'appuient sur des sources scientifiques vérifiées. Pour vous tester avant de lire, faites le vrai ou faux sur le blob.
1. "Le blob est dangereux"
FAUX. Physarum polycephalum ne présente aucun danger pour les humains, les animaux domestiques ou les plantes. Il ne produit pas de toxines, n'est pas allergisant et ne colonise pas les organismes vivants. C'est un décomposeur de matière organique morte, pas un pathogène. Des milliers d'enfants en France ont manipulé des blobs dans le cadre d'activités scolaires sans aucun incident rapporté.
2. "Le blob est une moisissure"
FAUX. Cette confusion vient du nom anglais slime mold ("moisissure visqueuse"). Mais le blob n'est pas une moisissure. Les moisissures sont des champignons, le blob est un protiste. Ils n'ont pas de lien de parenté direct, et leurs biologies sont fondamentalement différentes. Voir la comparaison détaillée.
3. "Le blob est intelligent"
PLUS NUANCÉ. Le blob n'a pas d'intelligence au sens classique (pas de cerveau, pas de conscience). Mais il présente des comportements qui satisfont certaines définitions comportementales de l'intelligence : résolution de problèmes, apprentissage, anticipation, prise de décision optimale. Si l'on définit l'intelligence par les comportements qu'elle produit et non par le substrat qui les génère, alors oui, le blob est "intelligent" à sa façon. C'est justement ce qui fait le débat scientifique.
4. "Le blob peut apprendre"
VRAI. Et c'est prouvé scientifiquement. L'expérience d'Audrey Dussutour (CNRS Toulouse, publiée dans Proceedings of the Royal Society B en 2016) a démontré que le blob est capable d'habituation : exposé à une substance répulsive mais inoffensive (sel, caféine), il apprend à l'ignorer au bout de quelques jours. C'est la forme la plus basique de l'apprentissage. Lire le détail de l'expérience.
5. "Le blob est immortel"
PLUS NUANCÉ. Le blob n'a pas de durée de vie maximale connue. Il peut alterner indéfiniment entre phases actives (plasmode) et phases de dormance (sclérote), et peut en théorie continuer à se multiplier par division asexuée indéfiniment. On ne connaît pas de mort naturelle "de vieillesse" chez le blob. En revanche, il peut mourir : dessèchement, lumière trop forte prolongée, températures extrêmes, moisissures envahissantes, produits chimiques. "Potentiellement immortel" serait plus précis.
6. "Le blob est une seule cellule"
VRAI. Aussi surprenant que cela paraisse, un blob de la taille d'une assiette n'est techniquement qu'une seule cellule. Une cellule géante, sans cloisons internes, avec des milliards de noyaux qui partagent le même cytoplasme. Ce type d'organisation s'appelle un coenocyte ou syncytium. C'est l'une des structures les plus inhabituelles du vivant.
7. "Le blob peut résoudre des labyrinthes"
VRAI. C'est l'une des expériences les mieux documentées. En l'an 2000, Toshiyuki Nakagaki (Hokkaido University) a publié dans Nature que le blob trouve le chemin le plus court dans un labyrinthe en quelques heures. En 2010, la même équipe a montré qu'il reproduit spontanément le réseau ferroviaire de Tokyo quand on lui présente une carte géographique de la région avec de la nourriture à l'emplacement des gares. Lire le détail.
8. "Le blob vit des années"
VRAI dans certaines conditions. Un blob maintenu en laboratoire avec des soins réguliers peut vivre des décennies (certaines souches de laboratoire ont plus de 50 ans). Mais dans la nature, les conditions sont rarement aussi stables. Les blobs naturels peuvent vivre quelques semaines à quelques mois en phase active avant de se mettre en dormance ou de sporuler. La durée de vie "en pratique" dépend entièrement des conditions.
9. "Le blob a 720 sexes"
VRAI, mais le mot "sexe" est impropre. Physarum polycephalum possède 720 types sexuels. Ce ne sont pas des sexes au sens de mâle et femelle, mais des catégories de compatibilité. Elles naissent de la combinaison de trois gènes, matA (16 versions connues), matB (15) et matC (3), soit 16 × 15 × 3 = 720. Deux cellules reproductrices ne s'unissent que si leurs combinaisons diffèrent, ce qui rend un blob compatible avec la quasi-totalité des partenaires qu'il rencontre. Ses autres chiffres étonnants, mesurés et sourcés, sont réunis dans les records du blob.
10. "Le blob est difficile à élever chez soi"
FAUX. C'est l'un des organismes les plus faciles à observer chez soi. Il ne nécessite que quelques minutes d'attention deux à trois fois par semaine, du papier absorbant humide, des flocons d'avoine, et un endroit sombre. Pas de cage, pas de bruit, pas d'odeur. Les enfants peuvent s'en occuper dès 6-7 ans avec une supervision minimale. Guide complet pour débutants.
Pourquoi ces idées reçues circulent autant
Ce n'est pas un hasard si le blob génère plus de fausses informations que la plupart des organismes. Trois mécanismes se cumulent.
Le vocabulaire scientifique a un double sens. « Apprendre », « décider », « se souvenir » sont employés par les chercheurs dans une acception technique précise. Repris tels quels dans un article grand public, ils déclenchent l'interprétation courante, qui suggère une intention. La distance entre les deux lectures fait le reste.
Le nom vient d'un film d'horreur. Un organisme qui porte le nom d'une créature de fiction dévorante hérite mécaniquement d'une part de sa réputation. Le sujet est traité dans le blob dans la culture populaire.
Les vraies capacités sont déjà spectaculaires. Quand la réalité est étonnante, l'exagération passe inaperçue. Personne ne s'étonne d'un chiffre gonflé si le chiffre exact est déjà surprenant.
Comment vérifier soi-même une affirmation sur le blob
- Cherchez la source primaire. Une affirmation solide renvoie à une publication identifiable avec un auteur, une revue et une année. « Des scientifiques ont montré » sans plus de précision n'est pas une source.
- Vérifiez que le chiffre a une unité et des conditions. « 4 cm/h » ne veut rien dire sans la température et le substrat. Une donnée sans conditions expérimentales est une donnée qui a perdu son contexte en route.
- Méfiez-vous des superlatifs. « Le plus grand », « le plus rapide », « le seul » sont presque toujours des ajouts journalistiques absents de l'article d'origine.
- Testez quand c'est possible. Beaucoup d'affirmations sur le comportement du blob se vérifient chez soi en quelques jours. Les protocoles sont dans les expériences à faire à la maison.
Questions fréquentes
Le blob peut-il se reproduire dans une maison et l'envahir ?
Non. Il lui faut une humidité élevée et constante, de l'obscurité et une source de nourriture continue. Sur une surface domestique ordinaire, il se dessèche en quelques heures.
Le blob est-il toxique ?
Aucune toxicité connue pour l'homme par contact. Il n'est pas comestible pour autant, et rien ne justifie d'en goûter.
Le blob est-il conscient ?
Rien ne permet de l'affirmer, et tout suggère le contraire. Ses comportements s'expliquent par des mécanismes chimiques et mécaniques locaux, sans qu'il soit nécessaire de postuler une expérience subjective. Voir le blob ressent-il quelque chose.
Le blob peut-il vraiment sortir de sa boîte ?
Oui, et c'est fréquent : il grimpe les parois si l'humidité le lui permet et si la nourriture manque à l'intérieur. Il meurt en général rapidement une fois à l'air libre.
Sources
- Nakagaki T., Yamada H., Tóth Á., Maze-solving by an amoeboid organism, Nature 407, 470 (2000).
- Boisseau R. P., Vogel D., Dussutour A., Habituation in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).
- Vogel D., Dussutour A., Direct transfer of learned behaviour via cell fusion in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).
- Fiche Physarum polycephalum, Wikipédia en français.