Le blob dans la science : applications et recherches actuelles

Le blob n'est pas qu'un sujet de curiosité scientifique. Ses propriétés inspirent des applications concrètes en informatique, robotique, médecine et urbanisme. Tour d'horizon des travaux en cours.

Pourquoi le blob intéresse-t-il la science appliquée ?

Le blob résout des problèmes complexes (optimisation de réseau, navigation, apprentissage) avec des mécanismes biologiques très simples : des oscillations de cytoplasme, des signaux chimiques et du feedback physique. Pas de processeur, pas de programme, pas de consommation d'énergie importante.

Le blob en contexte de recherche scientifique
Le blob en contexte de recherche scientifique.

Pour les ingénieurs et les informaticiens, c'est une source d'inspiration précieuse. Si la nature a trouvé un moyen aussi efficace de résoudre ces problèmes avec si peu de ressources, peut-on en extraire des principes applicables à des systèmes artificiels ?

Informatique : le Physarum Solver

La contribution la plus directe du blob à l'informatique est l'algorithme Physarum Solver, formalisé par Tero et al. en 2007 (Physica D). Cet algorithme imite le comportement du blob pour trouver des réseaux optimaux :

  • Il représente le problème comme un graphe (noeuds = villes, arêtes = connexions possibles)
  • Il simule un flux entre les noeuds source et destination avec des "tubes" dont la conductance évolue selon le trafic
  • Les tubes très utilisés s'élargissent (feedback positif), les tubes peu utilisés se rétractent
  • Le réseau converge vers un état optimal ou quasi-optimal

Applications documentées :

  • Optimisation de réseaux de transport : routes, lignes de transport en commun, réseaux ferroviaires
  • Routage internet : pour trouver les chemins les plus efficaces dans un réseau avec des congestions variables
  • Réseaux d'alimentation en eau : optimisation de la topologie pour minimiser les pertes et maximiser la résilience aux pannes

Source

Tero A., Kobayashi R., Nakagaki T. (2007). "A coupled-oscillator model with a conservation law for the rhythmic amoeboid movements of plasmodial slime molds." Physica D, 205, 125-135. Nakagaki T. et al. (2010). "Rules for biologically inspired adaptive network design." Science, 327, 439-442.

Robotique : les robots mous inspirés du blob

Le mode de déplacement du blob (pas de squelette, pas de muscles, mouvement par flux internes) inspire une nouvelle génération de robots :

Les robots à flux de fluide

Des chercheurs de l'EPFL (Lausanne) et du MIT ont développé des robots "mous" dont la locomotion repose sur des pompes microfluidiques imitant les oscillations du cytoplasme du blob. Ces robots peuvent se faufiler dans des espaces très étroits, changer de forme et naviguer sans carte pré-programmée.

Les robots Physarum-inspirés

Une équipe de l'Université de Nagoya (Japon) a développé un robot dont l'architecture de contrôle imite le réseau distribué du blob : pas de processeur central, chaque segment du robot calcule localement et les comportements globaux émergent de ces interactions. Le robot peut naviguer dans des labyrinthes sans aucune programmation de navigation.

Médecine : livraison ciblée de médicaments

La capacité du blob à "naviguer" vers des sources chimiques et à distribuer des substances dans son réseau inspire des recherches en nanomédecine :

  • Nanovésicules biomimétiques : des structures inspirées de la membrane du blob, capables de détecter des signaux chimiques (présence d'une tumeur, inflammation) et de se déplacer vers ces zones pour y libérer des principes actifs
  • Systèmes de guidage sans moteur : des microstructures qui exploitent les flux de fluide interne pour se propulser sans partie mobile mécanique
  • Réseau de distribution de médicaments : l'architecture veinale du blob inspire des designs de micro-réseaux pour la distribution uniforme de substances dans des tissus cultivés en laboratoire (médecine régénérative)

Urbanisme et aménagement du territoire

L'expérience du réseau de Tokyo (Nakagaki, Science 2010) a directement inspiré des urbanistes. Si le blob, guidé uniquement par ses besoins biologiques, produit spontanément des réseaux dont les propriétés (efficacité, robustesse, redondance) sont comparables à ceux que des ingénieurs humains mettent des décennies à construire, alors le principe du blob peut guider l'aménagement de réseaux :

  • Des urbanistes à Barcelone ont utilisé le Physarum Solver pour optimiser le réseau de pistes cyclables de la ville
  • Des ingénieurs en Allemagne l'ont appliqué à la résilience des réseaux électriques : quels tronçons supprimer ou renforcer pour qu'un réseau soit le plus résistant aux pannes ?
  • Des architectes utilisent des simulations blob-inspirées pour concevoir des plans de bâtiments qui optimisent simultanément les flux de circulation, d'air et de lumière

Biologie fondamentale et neurosciences

Au-delà des applications, le blob continue d'alimenter la biologie fondamentale :

  • Mémoire sans neurones : comprendre comment le blob stocke de l'information pourrait ouvrir des pistes pour la compréhension de pathologies neurodégénératives
  • Intelligence cellulaire : le blob est un modèle pour étudier comment une cellule unique peut produire des comportements complexes, ce qui a des implications pour la compréhension du cancer (des cellules qui "décident" de se comporter différemment)
  • Origine de la cognition : si des formes primitives de mémoire et d'apprentissage existent chez les protistes, la capacité cognitive serait bien plus ancienne et répandue dans le vivant qu'on ne le croyait

Le blob comme modèle universel ?

Certains chercheurs font valoir que le blob est l'un des organismes les plus utiles pour la biologie fondamentale, précisément parce qu'il est si simple. Il permet d'étudier des processus fondamentaux (division cellulaire, signalisation, mémoire, locomotion) dans un système où les variables sont beaucoup plus contrôlables que dans un organisme complexe.

Le tri entre ce qui existe et ce qui est annoncé

Les articles sur les applications du blob mélangent volontiers trois choses très différentes : une expérience de laboratoire publiée, un prototype démontré, et une perspective évoquée en conclusion d'un article. Voici où en est réellement chaque piste.

PisteStatut réel
Optimisation de réseauxAlgorithmes publiés et utilisés en recherche opérationnelle. C'est la retombée la plus tangible.
Portes logiques et capteurs vivantsPrototypes fonctionnels en laboratoire, lents et fragiles. Aucun usage industriel.
Robotique molleInspiration conceptuelle sur le contrôle décentralisé. Aucun robot ne contient de blob.
Livraison ciblée de médicamentsPiste évoquée, sans démonstration sur organisme vivant. À considérer comme spéculative.
Modèle de cycle cellulaireUsage courant et ancien en biologie fondamentale. Peu médiatisé, mais c'est l'application la plus solide.

L'application la moins spectaculaire est la plus réelle

Avant d'être un sujet médiatique, Physarum polycephalum est un organisme modèle de laboratoire, et il l'est depuis les années 1950. La raison est sa division nucléaire synchrone : tous ses noyaux entrent en mitose simultanément, ce qui donne d'un coup une population de millions de noyaux au même stade du cycle cellulaire.

Obtenir cela avec des cellules ordinaires demande des protocoles de synchronisation lourds et imparfaits. Le blob l'offre gratuitement. Une part importante de ce que l'on sait du cycle cellulaire eucaryote a été établie sur ce matériel. C'est une contribution sans image spectaculaire, donc absente des articles grand public, et pourtant la plus solide.

Pourquoi les applications tardent

Trois obstacles structurels expliquent l'écart entre l'enthousiasme et les réalisations.

La lenteur. Un calcul par blob prend des heures là où un processeur prend des microsecondes. Aucun gain de vitesse n'est envisageable, quel que soit le problème.

La fragilité. Le vivant impose une plage de température, une humidité et une alimentation continue. Un composant qui meurt si la pièce dépasse 30 °C n'est pas industrialisable, comme le rappelle l'environnement idéal.

La variabilité. Deux blobs dans les mêmes conditions ne donnent pas exactement le même réseau. Cette variabilité est intéressante scientifiquement et rédhibitoire industriellement.

La valeur du blob est donc dans le principe qu'il illustre, transposé en logiciel, plutôt que dans l'organisme employé comme composant. C'est ce que détaille le blob et l'intelligence artificielle.

Questions fréquentes

Le blob est-il utilisé en médecine ?

Pas à ce jour comme outil thérapeutique. Il sert en revanche depuis longtemps de modèle en biologie cellulaire, notamment pour l'étude du cycle de division.

Existe-t-il des ordinateurs à base de blob ?

Des prototypes de portes logiques et de capteurs ont été réalisés en laboratoire. Ils fonctionnent, mais restent trop lents, trop fragiles et trop variables pour un usage réel.

Les algorithmes inspirés du blob servent-ils vraiment ?

Oui, en recherche opérationnelle et en conception de réseaux, où l'on cherche un bon compromis entre coût, efficacité et résistance aux pannes plutôt qu'un optimum strict.

Pourquoi tant de laboratoires l'étudient-ils ?

Parce qu'il produit des comportements complexes sans système nerveux, ce qui en fait un cas limite précieux pour comprendre où commencent réellement l'apprentissage et la décision.

Sources

  1. Nakagaki T., Yamada H., Tóth Á., Maze-solving by an amoeboid organism, Nature 407, 470 (2000).
  2. Tero A. et coll., Rules for biologically inspired adaptive network design, Science 327, 439-442 (2010).
  3. Adamatzky A., Physarum Machines: Computers from Slime Mould, World Scientific (2010).
  4. Boisseau R. P., Vogel D., Dussutour A., Habituation in non-neural organisms, Proceedings of the Royal Society B 283 (2016).