| Record | Valeur | Contexte |
|---|---|---|
| Types sexuels | + de 720 | Nés de la combinaison de trois gènes, matA, matB et matC. L'un des systèmes de compatibilité les plus complexes des eucaryotes |
| Vitesse de déplacement max. | 4 cm/h | Au front de progression, en conditions optimales (22 à 25 °C, nourriture proche, humidité constante). Plutôt 1 cm/h dans une boîte à la maison |
| Taille maximale | Pas de limite connue | Il grandit tant qu'il est nourri. Aucune mesure record n'a été publiée de façon vérifiable |
| Survie à l'état de sclérote | 2 ans et plus | Des sclérotes réactivés après 2 ans de stockage à sec dans des conditions correctes |
| Nombre de noyaux par individu | Plusieurs milliards | Estimé pour un grand plasmode. Tous les noyaux partagent le même cytoplasme |
| Temps de doublement | Environ 1 jour | En conditions optimales, avec de la nourriture en abondance |
| Température idéale | 22 à 25 °C | Sous 15 °C il ralentit nettement. Il supporte quelques jours au réfrigérateur, vers 8 à 10 °C |
| Température maximale | Autour de 30 °C | Au-delà, il souffre et peut mourir en quelques heures |
| Cycle oscillatoire du cytoplasme | ~100 secondes | Rythme des oscillations actomyosines qui font circuler le cytoplasme |
| Labyrinthe résolu en | Environ 8 heures | Expérience de Nakagaki (Nature, 2000) : quatre chemins possibles entre deux sources de nourriture, le plus court gardé |
Les 720 types sexuels : comment c'est possible ?
C'est sans doute le record le plus frappant. Chez la grande majorité des animaux, il existe exactement deux sexes (mâle et femelle), contrôlés par des chromosomes sexuels (XX/XY chez l'humain). Chez le blob, le système est radicalement différent.
Trois gènes décident de la compatibilité entre deux cellules reproductrices. Le gène matA existe sous 16 versions connues (allèles), matB sous 15 et matC sous 3. Chaque cellule porte une version de chacun, ce qui donne 16 × 15 × 3 = 720 combinaisons, donc 720 types sexuels. Deux cellules ne peuvent s'unir que si leurs combinaisons diffèrent, si bien qu'un individu est compatible avec la quasi-totalité de ceux qu'il rencontre.
À titre de comparaison, certains champignons du genre Schizophyllum commune ont plus de 23 000 types sexuels différents, ce qui en fait le record absolu dans le vivant. Le blob, avec ses 720, est dans une catégorie intermédiaire mais reste largement au-dessus du système à deux sexes de la plupart des animaux.
La taille : jusqu'où peut aller un blob ?
En théorie, un blob n'a pas de taille maximale. Il peut continuer à grandir tant qu'il trouve de la nourriture et que les conditions restent favorables. La surface du plasmode est limitée principalement par :
- La disponibilité de nourriture (un réseau trop grand peut manquer de ressources à ses extrémités)
- L'humidité du substrat (les zones sèches sont abandonnées)
- Les prédateurs (dans la nature, des limaces, des coléoptères et d'autres invertébrés se nourrissent de blob)
Aucun record de taille n'a été mesuré et publié de façon vérifiable. Les chiffres de plusieurs mètres carrés qui circulent ne citent jamais leur source. Ce que l'on sait, c'est qu'un blob bien nourri double à peu près de surface chaque jour, et que dans la nature un plasmode de quelques dizaines de centimètres est déjà une belle observation.
Vitesse : 4 cm/h, c'est lent ou rapide ?
À l'échelle humaine, 4 cm par heure semble dérisoire, à peine un mètre par jour. Mais le blob ne déplace pas un corps compact comme un escargot. C'est toute sa masse qui coule vers l'avant, à travers un réseau qui peut mesurer des dizaines de centimètres. Dans une boîte de Petri de 9 cm, un blob en forme traverse la boîte en une nuit, et c'est bien assez pour voir sa progression d'un jour à l'autre. La vitesse de 4 cm/h est un maximum mesuré en laboratoire. À la maison, comptez plutôt 1 cm par heure.
De plus, le blob ne dépense pas d'énergie pour se déplacer de la même façon qu'un animal : il n'a pas de muscles au sens propre, il utilise les oscillations de son cytoplasme pour se propulser. C'est un mode de locomotion extrêmement économique en énergie.
Les milliards de noyaux
Un grand plasmode contient un nombre de noyaux qui dépasse l'imagination. Un blob de quelques centimètres en compte déjà des millions, et les plus grands en renferment des milliards.
Ces noyaux ne sont pas séparés les uns des autres par des membranes : ils flottent tous dans le même cytoplasme. Quand un blob se divise, les noyaux se répartissent dans les fragments, permettant à chacun de fonctionner comme un organisme complet.
Pour mettre les chiffres en perspective
Le corps humain contient environ 37 000 milliards de cellules. Un blob de 1 m² contiendrait potentiellement plusieurs milliards de noyaux dans une seule cellule. Les deux structures sont à l'opposé des stratégies du vivant : l'une mise sur la division du travail entre cellules spécialisées, l'autre sur l'efficacité d'un cytoplasme partagé sans frontières internes.
La dormance : le vrai record, et le plus mal cité
C'est la performance la plus impressionnante du blob, et celle qui donne lieu au plus d'exagérations. Un sclérote correctement formé et conservé au sec, à l'abri de la lumière, se réactive sans difficulté après plusieurs années. Des réveils après plus de deux ans sont couramment obtenus, y compris en élevage domestique.
Au-delà, la prudence s'impose. On lit régulièrement des durées de plusieurs décennies : ces mentions sont anecdotiques et rarement documentées avec un protocole vérifiable. Le facteur limitant n'est pas le temps en lui-même mais la qualité du séchage initial et la stabilité de l'humidité pendant le stockage. Un sclérote mal séché ne passe pas l'hiver. Le protocole est détaillé dans réveiller un sclérote.
Trois records qui n'en sont pas
Autant le dire clairement, plusieurs performances attribuées au blob ne résistent pas à la vérification.
« Il double de taille toutes les heures. » Faux. La croissance est régulière mais lente : quelques centimètres par heure de progression du front, pas un doublement de biomasse. Une multiplication de la masse par deux demande environ une journée en conditions favorables.
« C'est l'organisme le plus rapide sans muscle. » Invérifiable et probablement faux. Plusieurs protistes ciliés se déplacent bien plus vite, à leur échelle. La particularité du blob est de déplacer une masse énorme, pas d'aller vite.
« Il est le plus grand organisme unicellulaire du monde. » Contesté. Certaines algues du genre Caulerpa, également coenocytiques, s'étendent sur plusieurs mètres. Le blob est parmi les plus grands, ce qui est déjà remarquable.
Le point commun de toutes ces performances
Toutes les performances réelles du blob dépendent d'un même trio de conditions : température autour de 22 à 25 °C, humidité constante et obscurité. Sortez de cette fenêtre et les chiffres s'effondrent, quelle que soit la souche. C'est le sujet de l'environnement idéal, et c'est aussi pourquoi les records de laboratoire sont rarement reproduits à la maison.
Questions fréquentes
Quel est le plus gros blob jamais observé ?
Aucune mesure fiable n'a été publiée. Dans la nature, un plasmode de quelques dizaines de centimètres est déjà grand. En laboratoire, sa taille est limitée par le contenant et la nourriture qu'on lui donne, pas par l'organisme lui-même.
Combien de temps un blob peut-il rester en dormance ?
Plusieurs années de façon fiable si le sclérote a été bien séché et stocké au sec et à l'obscurité. Les durées de plusieurs décennies qui circulent ne sont pas documentées sérieusement.
Le blob est-il vraiment immortel ?
Non. Il n'a pas de vieillissement programmé, ce qui est différent. Il meurt de dessiccation brutale, de contamination, de chaleur excessive ou de jeûne prolongé.
Le blob peut-il vraiment atteindre 4 cm par heure ?
Oui, mais c'est une pointe obtenue sur gélose lisse à température optimale. En élevage domestique sur substrat ordinaire, comptez plutôt autour de 1 cm par heure.
Sources
- Nakagaki T., Yamada H., Tóth Á., Maze-solving by an amoeboid organism, Nature 407, 470 (2000).
- Tero A. et coll., Rules for biologically inspired adaptive network design, Science 327, 439-442 (2010).
- Fiche Physarum polycephalum, Wikipédia en français.